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Jacques Boé ou Jasmin en occitan. 2014 sera l’occasion de fêter à Agen le 150ème anniversaire de sa disparition.


David Escarpit nous parle de Jacques Boé dit Jasmin

Publié par occitan sur 4 Mars 2014, 18:28pm

Catégories : #Jasmin, #Ils en parlent

Jacques Boé dit Jasmin (1798-1864) fait partie du paysage littéraire de Bordeaux presque autant que de celui d’Agen. Au XIXe, alors que l’occitan, langue encore majoritaire parmi le peuple, semblait accuser un recul de plus en plus évident dans l’agglomération girondine, le poète agenais participa, avec bien d’autres parfois très différents de lui, à ce que le majoral médocain Pierre-Henri Berthaud appela le renadiu, la renaissance du gascon à Bordeaux[1]. L’écriture en langue d’oc est encore à la veille de cette grande vague de fond que sera le Félibrige, constitué par Frédéric Mistral et six autres poètes provençaux au château de Font-Ségugne, le 21 mai 1854. Le Bordelais, parmi les terres occitanes les plus géographiquement éloignées de la Provence rhodanienne, ne connaîtra le phénomène que tardivement, au début du XXe siècle. L’identité occitane de Bordeaux, vers le milieu du XIXe siècle, repose essentiellement sur la figure du gouailleur et facétieux Jean-Antoine Verdié, dit Mèste Verdièr (1779-1820) dont les œuvres gasconnes, drôlatiques et rabelaisiennes, s’inscrivent dans une autre tradition occitane que celle de l’écriture savante ou raffinée : celle du Carnaval. Mais le regain d’intérêt que cette figure bordelaise, immensément populaire en Gironde, apportera pour l’écrit en langue locale conduira certains prosateurs ou versificateurs gasconnants de Bordeaux à chercher loin de la langue populeuse de Verdié des modes d’expression plus élevés, plus conformes aux idéaux énoncés en faveur de l’écrit occitan depuis Godolin : lo pus naut escalon de la perfeccion, le plus haut degré de perfection. Ceux-ci trouveront en la figure de Jasmin, un voisin prestigieux qui leur rendait volontiers de fréquentes visites, et bientôt un référent auréolé de gloire, capable de réaliser un idéal d’écriture occitane dans les genres « hauts ».

Il est souvent difficile de distinguer les courants qui parcourent une œuvre sur laquelle nous sommes très mal documentés. Il est donc souvent nécessaire de faire appel à l’interprétation, quand le recoupement de données excessivement lacunaires ne permet pas de démontrer des faits. Nous tenterons dans un premier temps de dresser brièvement un portrait du Bordeaux occitan des années 1840 à 1860, puis nous chercherons en quoi Jasmin a joué un rôle sur la production littéraire bordelaise de langue d’oc à cette époque et après. Enfin, nous terminerons en tentant de démontrer le phénomène de rémanence de l’aura janseminienne sur les poètes girondins occitanophones, jusque très avant dans le XXe siècle. Nous essaierons également d’évaluer les modalités respectives des deux courants d’influence qui balaient le Bordeaux occitan du XIXe siècle : Verdié et Jasmin.

Quand Jasmin, en 1836, se rend à Bordeaux pour, semble-t-il, donner pour la première fois lecture publique de son nouvel ouvrage, L’Abuglo de Castèl-Cuillé, l’accueil fait à ce coiffeur d’à peine trente-huit ans, qui rime en « patois gascon » (en réalité du languedocien garonnais, il est vrai assez fortement influencé par le gascon voisin) semble avoir été des plus enthousiaste. L’abbé Deydou, professeur de rhétorique au séminaire de Bordeaux, s’en fait l’écho dans un opuscule rédigé en 1865, peu après la mort du poète, composé à l’occasion d’une remise de prix :

La vie de Jasmin n’est plus qu’une suite de triomphes et de bonnes œuvres. C’est Bordeaux qui couronne son Aveugle, c’est Toulouse qui décerne un rameau d’or à l’auteur de Françonette.[2]

Dans un dithyrambe de la plus pure tradition rhétoricienne, l’abbé y loue l’ancienneté et la gloire de la Langue d’Oc (peut-être la première attestation du terme à Bordeaux), tout en évoquant un couronnement pour Jasmin. Il semble avoir été intronisé aussitôt au sein de la prestigieuse Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux[3] à titre de membre-correspondant, ainsi que l’atteste le frontispice de la première édition de L’Abuglo, parue chez Noubel à Agen en 1836, tout comme son appartenance à la Société d’Agriculture, Sciences et Arts d’Agen. Il apparaît par ailleurs dans les actes contemporains de la très fermée institution bordelaise aux environs de la même époque. Là est sans doute ce que l’abbé Deydou évoque comme un couronnement, en sachant que les académies et sociétés savantes des XVIIIe et XIXe siècles (celle de Bordeaux a été créée en 1712 et celle d’Agen en 1776) affectionnaient les récompenses et distinctions inspirées des jeux panhelléniques de l’Antiquité, à grand renfort de couronnes et autres palmes.

En 1842, Jasmin ne se contente plus de l’axe Bordeaux-Toulouse : il entame ce que le majoral Pierre-Henri Berthaud désignera comme une « tournée »[4] qui le conduit à travers tout le domaine linguistique et l’aire d’influence culturelle de la langue d’oc : de la Provence au Périgord, en passant par Angoulême, Auch, Albi, Toulouse – qui l’accueille au sein du Consistoire du Gai-Savoir, Bordeaux, Orthez, Saint-Flour, Rodez, Cahors, Libourne, Castelsarrasin, Millau, mais aussi à Paris où sa proximité avec l’écrivain Charles Nodier lui permet de rencontrer Sainte-Beuve – manifestement marqué par le poète agenais[5] – Lamartine, Ampère, et d’être reçu aux Tuileries par le roi Louis-Philippe en personne. Il fera en 1844 la connaissance de Franz Liszt lors d’un concert à Agen.

Texte complet en version pdf.

David Escarpit nous parle de Jacques Boé dit Jasmin
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